Changer !

 
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
  • default color
  • green color
  • blue color
POUR UNE GAUCHE NOUVELLE Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
04-09-2008

Tribune libre de Dominique BAILLET, militant socialiste (Paris 19e)

Le temps de la radicalité à gauche a sonné. Alors que le contexte international continue de se tendre (poursuite des conflits en Irak, dans les territoires palestiniens, en Afghanistan, nouvelle guerre dans le Caucase qui risque de s’étendre), que l’Europe est traversée par une lame de fond libérale, conservatrice, et de plus en plus xénophobe, comme l’atteste la montée de l’extrême droite adossée à des groupes paramilitaires particulièrement actifs, et que la France est gagnée progressivement par l’idéologie néo conservatrice et ultra individualiste, la gauche française, démocratique et républicaine, entre en totale déliquescence. Et cette déliquescence est, pour ainsi dire, sans précédent. Le PCF, qui porte encore le stigmate de l’échec soviétique, est réduit à la portion congrue et traverse une crise existentielle, qui aboutira très certainement à la crise finale ; les écologistes sont très affaiblis électoralement en raison de la médiocrité de leurs dirigeants, de leurs luttes internes et de leurs divisions, alors que l’écologie devient paradoxalement une priorité nationale, les radicaux de gauche et les républicains proches de Chevènement restent des petites formations politiques d’appoint. Enfin, le PS connaît une crise majeure, qui couve depuis une quinzaine d’années, c’est-à-dire depuis la fin de l’ère Mitterrand. Cette crise a culminé en 2002, avec l’élimination de Lionel Jospin au 2e  tour de l’élection présidentielle et en 2005 au moment de la division fratricide des socialistes lors de la campagne du référendum européen. Faute de se résorber, elle s’est au contraire élargie depuis.

Cette crise de la social-démocratie française est d’abord une crise culturelle. Les socialistes français ont fait preuve de paresse intellectuelle. Ils ne se sont pas suffisamment, et le mot est faible, interrogés sur les mutations profondes du monde  actuel et sur leurs conséquences économiques, sociales, politiques et culturelles. Ils n’ont pas su ou pas voulu contribuer au réarmement idéologique de leur pensée qui aurait été nécessaire face à la révolution culturelle récente opérée par la Droite néo libérale et néo conservatrice sous la houlette de Nicolas Sarkozy. La crise est ensuite politique. Le PS manque de projets alternatifs, s’est avéré incapable de s’opposer de manière cohérente et coordonnée à la politique de la Droite depuis 2002, et connaît une crise de leadership, comme jamais elle n’a connu dans son histoire depuis 1905. Elle est enfin philosophique : le PS ne sait plus, si je puis dire, à quel saint se vouer ! Marx ? Jaurès ? Blum ? Mitterrand ? Blair ? Le socialisme est devenu peu à peu uniquement un terme que les socialistes utilisent de manière rituelle sans lui donner de réel contenu, comme on utilisait autrefois l’expression « marxisme-léninisme » en Union soviétique, qui servait plutôt d’alibi à une politique bureaucratique, autoritaire, voire totalitaire.

Aujourd’hui, l’Union soviétique ayant disparu depuis décembre 1991, l’existence des partis issus de la IIe  Internationale (PS), de la IIIe Internationale (PCF) et de la IVe  Internationale (trotskistes dissidents) n’a plus de sens et de légitimité historique. En effet, si la plupart des partis marxistes, français et européens, ont  dû se positionner par rapport à la Révolution d’Octobre 1917, au cours du XXe siècle que l’on peut qualifier de « siècle du communisme », aujourd’hui la référence ne peut plus être uniquement cet événement, et la division de ces partis, telle qu’elle a existé, n’a plus de sens. Le Congrès de Tours, qui a divisé de manière durable, socialistes et communistes, doit être caduque !

C’est pourquoi, à l’heure actuelle, deux nouveaux grands partis de gauche sont nécessaires et suffisants. Un parti « néo révolutionnaire démocratique », c’est à dire une formation alter mondialiste hostile au système capitaliste et libéral et porteuse d’un projet de société, dont la théorisation pourrait naître d’une critique radicale du capitalisme actuel et du libéralisme héritier du XIXe siècle. Cette théorie pourrait s’apparenter à un nouveau Capital de Marx qui reste à réécrire. Cette force radicale, que l’on a souvent maladroitement appelé la gauche antilibérale, pourrait rassembler des militants de gauche pacifiques, mais contestataires et protestataires, et connaître une audience semblable à celle du PCF, dans ses heures de gloire dans les années 1950-1960, à condition qu’elle accepte l’exercice du pouvoir au moins local, car « l’esprit de révolution » souffle toujours, et je dirai plus que jamais, en France. La deuxième formation politique nécessaire est un parti « réformiste social-républicain », qui propose une économie mixte (mi marché, mi administrée) de compromis avec le capitalisme, régulée, encadrée, organisée et porteuse d’une éthique écologiste. Cette force rassemblerait des militants de gauche, modérés, réformistes et plus pragmatiques, et pourrait connaître un électorat comparable à celui du PS dans les années 1970. Ces deux grands mouvements formeraient alors la nouvelle gauche du XXIe siècle. Les autres courants de pensée qui souhaitent simplement adapter la France à la mondialisation libérale, que je qualifierai de « sociaux libéraux », sont sans doute estimables et ont toute légitimité à s’exprimer dans une société démocratique, mais ne sont pas, à proprement parler, « de gauche ».

Car être de gauche, c’est s’opposer à l’ordre établi, qu’il soit économique, politique, social ou culturel, qu’il soit à l’échelle national ou international. Etre de gauche, c’est affirmer qu’il existe au moins une autre manière de percevoir, de penser et de théoriser la réalité sociale qui s’impose à nous. Etre de gauche, c’est enfin refuser les compromissions idéologiques, c’est résister et croire en un idéal sans cesse renouvelé. Il est grand temps que les dirigeants socialistes, communistes, et écologistes soient animés par des ambitions plus nobles et plus vastes que leurs ambitions personnelles, et qu’ils comprennent enfin où se situe le sens de l’Histoire, car sinon l’Histoire risque fort de se passer d’eux.

Dernière mise à jour : ( 08-09-2008 )
 
< Précédent   Suivant >

Contact

Vous êtes intéressés par notre projet de contribution, contactez nous à l'adresse suivante : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir


Newsletter







Changer ! sur Facebook

Voir le groupe facebook de la conribution